Paul DUNGLER : Compléments d'archives
Comme premier document, je propose de partager la retranscription d'une pièce d'archive incontestablement d'époque, le rapport de décembre 1940, écrit à la hâte par Paul DUNGLER dès son arrivée en zone libre, probablement pour le général FRERE, remonté par le docteur MENETREL jusqu'au maréchal PETAIN.

Rapport Paul Dungler, décembre 1940.
Source : AN 3 W 289 pièces 224-233 (également fonds privé Paul Dungler).
Le présent rapport se divise en quatre points.
L'auteur a passé quatre mois en Alsace, du 25 août au 15 décembre, et a eu l'occasion de s'entretenir avec de nombreuses personnalités allemandes bien placées et des régions les plus diverse.
1°- Etat du moral allemand au début de décembre 1940
2°- Résumé d'un entretien avec une personnalité allemande connue et touchant de près la Chancellerie et spécialement M. von Papen.
3°- Situation matérielle et généralités sur l'Allemagne
4°- Situation en Alsace au début de décembre 1940
- I -
D'après de nombreux entretiens avec des Allemands appartenant à l'administration civile en Alsace, de militaires stationnés dans cette province, d'industriels, d'ingénieurs allemands, - dont certains connus depuis de nombreuses années par l'auteur, - ainsi que de confrères s'étant rendus ces deux derniers mois dans les différents centres industriels de l'Allemagne, la situation, au point de vue moral, se présente comme suit :
a) - l'Armée, aussi bien le milieu officier qu'homme de troupe semble commencer à douter sérieusement de l'heureuse issue de la guerre.
Toutes les promesses faites par Hitler se sont trouvées réalisées jusqu'au 15 juin, point par point. Tous sont fortement ébranlés depuis le début de septembre, parce que, contrairement à ses promesses, l'Armée allemande n'est pas rentrée à Londres, ni le 15 août, ni le 30, comme annoncé par Hitler. D'autres promesses non réalisées, comme de ne pas laissai violer le ciel allemand par l'aviation adverse, que chaque soldat allemand serait démobilisé et dans ses foyers pour les fêtes de Noel 1940, battent sérieusement en brèche la confiance illimitée que l'Armée avait placée dans son Führer.
C'est surtout la perspective d'une guerre longue qui provoque une démoralisation se faisant jour aussitôt que l'officier, le sous-officier, ou le soldat se trouvent en contact avec des personnes qui leur semblent de confiance. On entend très couramment des soldats déclarer que "ça sent 1918".
Les permissionnaires reviennent pour la plupart très démoralisés car les approvisionnements de toute sorte sont beaucoup plus rares et soumis à de plus sévères restrictions qu'en Alsace. Beaucoup prétendent qu'ils auraient préféré rester en Alsace que d'aller endurer la faim et passer la plupart des nuits dans la cave.
Dans l'ensemble se dégage une lassitude et la foi dans la victoire finale a disparue. Les rapprochements entre les victoires du début de la guerre 1914-1918 et de celle-ci sont nombreux. Les soldats ne parlent qu'avec une grande répulsion de leur départ éventuel sur la côte pour faire un essai de débarquement, et les refus d'obéissance certains du mois de septembre, se reproduiraient sur une plus grande échelle si de nouveaux essais étaient tentés.
D'autre part, dans les milieux de l'Armée, on remarque une hostilité et un antagonisme profond contre ceux qu'ils appellent : "die Hunde" (les chiens), c'est-à-dire toutes les organisations du Parti, aussi bien GESTAPO, SS, SA et autres formations ou un grand nombre d'éléments très jeunes et bien habillés font la noce pendant que l'Armée se bat. Tous demandent que ce soit maintenant le tour de ces derniers d'aller se battre et de renvoyer l'Armée dans ses foyers, d'autant plus que l'Armée, chaque jour, sent la toute puissance sans appel du Parti.
Les troupes stationnées en France ne manquent pas de faire des rapprochements très peu en faveur du régime, entre la façon de vivre heureuse de la France, dans cette France qu'on leur avait dépeinte pauvre et avec une population ouvrière exploitée par le capitalisme et ayant à peine de quoi se nourir (sic) et se vêtir, en comparaison avec tous les soi-disants (sic) bienfaits du paradis Hitlérien.
b) - Tous les rapports de nombreux confrères ayant été depuis le 15 octobre en Allemagne, tous les contacts avec de nombreux industriels allemands en Alsace et venant s'y fixer pour être plus tranquilles montrent que le moral de la population est fortement entamé, plus que celui de l'Armée. L'auteur connait personnellement plusieurs cas où officiers et soldats allemands se sont suicidés après réception de lettres de leur famille.
Les ouvriers qui travaillent de 11 à 13 heures par jour, sont incontestablement sous-alimentés et leur moral travaillé par une habile propagande communiste donne de graves soucis aux autorités, de sorte que la Gestapo et le Sicherheitsdienst ont actuellement plus de travail à l'intérieur de l'Allemagne qu'en Alsace où le travail ne manque pourtant pas. On a expédié d'urgence des renforts de police à l'intérieur et on a démobilisé tous les hommes stationnés en France qui, de près ou de loin, avaient fait partie de la Police.
Par suite du système de défense passive obligeant toute la population dans les régions soumises à une alerte, de descendre obligatoirement dans les caves, le manque de repos est un des facteurs les plus dominants de la démoralisation. L'auteur est absolument convaincu que, si les attaques de l'aviation pouvaient être dans un prochain avenir, décuplées, ce qu'on semble redouter dans les milieux bien informés des affaires de l'USA. On redoute qu'à partir du mois de juin, le moral ne pourra plus résister plus de huit semaines.
- II -
L'auteur a reçu le 8 décembre, la visite d'une personnalité très connue dans les milieux industriels allemands, et qui, dans son domaine est une autorité mondiale. Touchant de près la Chancellerie, ayant des attaches avec le Haut-Commandement allemand, fervent catholique, il nous a exposé ce qui suit :
Depuis l'élection de Roosevelt, la Chancellerie et le Haut-Commandement jugent la partie irrémédiablement perdue. Hitler avait mis tout en œuvre pour faire passer son concurrent, tous les moyens financiers disponibles avaient été utilisés à cet effet, et l'élection de Roosevelt détruit tous les espoirs d'une issue heureuse de la guerre. Non qu'on ait espéré que le concurrent ne fasse une autre politique, mais on avait tablé sur un arrêt d'un an de la machine américaine provoqué par le changement du personnel du haut en bas de l'échelle. Cet arrêt aurait permis à l'Allemagne de détruire la flotte marchande et les usines d'armement anglaises, et amener ainsi l'Angleterre à déposer les armes. Par suite de l'élection de Roosevelt, la machine américaine continue à fonctionner sans interruption, et le Haut-Commandement estime que vers le mois de juin 1941, l'effort américain en aviation permettra des attaques dix fois plus importantes sur l'Allemagne. Vers les mois de juillet-août, une crise intérieure obligera l'Allemagne à déposer les armes.
La personnalité en question, qui a passé de nombreuses années en Amérique et connait l'industrie américaine comme l'allemande à fond, a déclaré que l'Allemagne possédait une magnifique industrie, mais qu'elle n'atteignait même pas à la cheville de l'industrie américaine, qui, par dessus le marché, dispose de matières premières faisant bientôt défaut à l'Allemagne, malgré tout ce qui avait été ramassé dans les pays annexés. Le nouveau prototype américain, et spécialement les 18.000 avions de 22 tonnes de capacité utile en construction en U.S.A., ne permettront pas à l'Allemagne de résister.
On avait également placé de grands espoirs en Moscou et en Madrid, qu'on espérait faire adhérer à l'AXE. Non seulement l'entrevue d'Hitler avec Molotov n'avait pas donné les résultats escomptés, mais les rapports, d'après les dires de l. Von Papen, avaient été décevants, et actuellement tout ce qui est disponible comme organisation TODT et de troupes de génie, est expédié sur les frontières de l'est pour construire d'urgence le "Ostwaal", ligne Siegfried de l'Est.
D'autre part, Franco aurait répondu qu'aussi longtemps que ses approvisionnements ne lui permettaient d'ouvrir que deux fois par semaine les boulangeries en Espagne, une guerre pour un rocher stérile lui était interdite.
Alors, pour satisfaire l'opinion publique allemande qui avait déjà été préparée à l'adhésion à l'axe de Moscou et de Madrid, on a fabriqué en toute hâte l'adhésion de la Hongrie et le lendemain de la Slovaquie. L'annonce de cette dernière a fait très mauvaise impression en Allemagne, car l'opinion publique ne s'est pas laissée prendre.
Il n'est pas étonnant dans ces conditions, qu'Hitler essaye de sauver ce qui peut être sauvé, et M. Von Papen a été, du 15 octobre au 30 novembre, deux fois au Vatican pour prier le pape d'intenter une action de paix. Le Saint Père a répondu à, M. Von Papen qu'il trouvait le moment peu propice à une telle action. Le roi Gustave de Suède qu'on appelle à la Chancellerie M.G. a été mandé pendant la même période trois ou quatre fois à Berlin incognito et reçu par le Führer pour transmettre des propositions de paix à l'Angleterre. Churchill aurait répondu qu'à la dernière guerre le nord de la France avait été détruit, que cette fois c'était le tour du sud et du centre de l'Angleterre de subir le même sort et qu'il ne pourrait y avoir d'autre paix que celle dictée par l'Angleterre à l'Allemagne battue.
Toujours d'après la même personne, dans les milieux dirigeants allemands, l'avis que la défaite ne saurait être évitée est maintenant fortement ancrée dans les esprits, et le peu d'illusions qu'on se faisait sur l'Italie a disparu. Il faudra s'attendre à plus d'un coup de tête de l'Allemagne, entre autres à l'attaque de la Suisse, et les nombreuses troupes massées ces derniers temps en Haute-Alsace ainsi que les attaques de la Presse allemande contre la Suisse semblent rendre très probable cette action. A Berlin, on serait très en colère contre le gouvernement de Vichy, qui se joue de l'Allemagne, et on se rend compte de la lacune du traité d'armistice qui a laissé l'armée coloniale intacte et où la France, sous l'impulsion du Général Weygand prépare une surprise. La flotte française presque intacte constitue pour l'Allemagne et surtout pour l'Italie, une menace très grave.
L'Allemagne ne se fait pas d'illusion sur les desseins de revanche de Vichy et l'adhésion à la politique de collaboration ne leurre pas Berlin. Toutefois l'Allemagne ne pourrait pas dans l'état actuel se permettre d'occuper le restant de la France, de peur de faire jouer par la France les deux atouts qu'elle détient actuellement. Confirmant en tous pointe ce qui est exposé au chapitre I, l'informateur vient à parler de la corruption allemande. D'après lui, 95% des Allemands étaient à acheter, ce que l'auteur à pu constater à de nombreuses reprises.
- III -
L'Allemagne semblait, fin décembre, avoir d'assez graves préoccupations concernant les approvisionnements d'essence. La distribution pour les besoins de la population civile a été très sévèrement réduite ainsi que les besoins du Parti, qui disposait auparavant de tout l'essence qu'il voulait. Tout manque en Allemagne, sauf certains produits chimiques et le fer qui semblent exister en quantité suffisante. Les métaux rares pour la composition des aciers spéciaux font spécialement défaut, et spécialement le cobalt. Le rationnement au point de vue alimentaire est très sérieux et les seules denrées qui soient suffisantes et supérieures aux rations attribuées en France, sont le sucre et les pommes de terre. Les ersatz de toute nature font leur apparition sur le marché et sont eux-mêmes rationnés. Ce qui frappe surtout en Allemagne actuellement à côté du manque de tout, c'est la profusion d'argent qui ne sait pas où se placer et où s'employer. Aussi n'est-ce pas étonnant que l'Allemand achète tout ce qui peut s'acheter.
Sur le Rhin, il y a toujours une barrière douanière et de contrôle du Sicherheitsdienst. Les Allemands ne peuvent que difficilement venir en Alsace et avec un permis spécial. Ceux qui viennent recherchent l'argent français et on paye en Allemagne de 9 à 10 marks pour un billet de 100 frs. français. Les Allemands recherchent également toutes les pièces d'or qu'ils peuvent trouver malgré les sanctions graves qu'ils encourent. Ils offrent à Mulhouse 1.370 à 1.400 frs pour une pièce d'or de 20 frs. Les soldats ramassent également l'argent français et l'expédient par les permissionnaires chez eux.
La folie raciste allemande se trouve confirmée par le fait que dans le milieu bien informé du Parti, on colporte que l'occupation de la Norvège s'était faite autant par raison raciste que par raison stratégique. Entre la jeune fille norvégienne et le jeune homme de l'Allemagne du nord, on devait obtenir la race aryenne idéale une fois la guerre terminée, les jeunes filles norvégiennes seront réservées aux jeunes gens sélectionnés en Allemagne du nord pour faire un vaste élevage, digne de la future Allemagne.
Concernant les buts de guerre de l'Allemagne, dans les conférences publiques intitulées "Die grosse Wende" (le grand tournant), les orateurs déclarent que l'Alsace ne serait plus pays frontière, que la France n'aurait plus que 22 millions d'habitants, toute industrie serait détruite, et moyennant fourniture de ses produits du sol, l'Allemagne aiderait par troc ce que le restant de la France aurait besoin comme produits manufacturés.
On laisserait à la France une partie de l'Algérie, la partie orientale reviendrait avec la Tunisie à l'Italie. Tout le restant des colonies serait à partager entre les puissances de l'Axe.
Pendant les 18 premiers mois de l'après-guerre, l'Allemagne aura un grand problème de transport à résoudre, auquel on travaille déjà maintenant. Il s'agit en dix-huit mois d'enlever vingt deux millions d'Européens qui ne sont pas à leur place et de les transplanter à la place assignée par les dirigeants allemands, en considération des droits de l'espace vital allemand.
A côté de la lutte contre le Juif qui a perdu un peu de son actualité, il y a en sourdine une violente action anti-catholique, car le catholicisme doit disparaitre d'Allemagne, tout comme les juifs. On déclare aux enfants que toutes les religions sont de vieux jeux, et que le national-socialisme suffit à tout.
Au cours de conférences faites en Alsace par un professeur Schneider sur le sujet : "Combat par dessus le Rhin", ce professeur parlant d'un historien allemand déclarait que son érudition était formidable, sa connaissance de l'Histoire profonde et ses écrits d'une justesse historique absolue, mais que du point de vue national-socialiste, ses travaux historiques étaient absolument à écarter.
Il est à noter que le très grand pourcentage des hommes du Parti faisant partie des SA, SS, et NSKK, etc. sont des primaires, sans aucune culture, et pour lesquels la conviction national-socialiste se confond parfaitement avec l'intérêt matériel. Ce n'est que dans les jeunes de 16 à 24 ans qu'on trouve réellement une majorité de fanatiques pour lesquels l'idéal national-socialiste n'est pas un vain mot.
- IV -
SITUATION EN ALSACE AU DEBUT DE DECEMBRE 1940 :
Les trois premiers mois de l'occupation allemande ont trouvé l'Alsace très digne, mais sous une administration qui, sans être aussi correcte que dans le restant de la France occupée, pouvait néanmoins encore être supportée. A partir de fin août, l'emprise du Parti se faisait néanmoins plus durement sentir, pour devenir, à partir du début novembre, absolument insupportable, s'il n'y avait pas la ferme, l'inébranlable conviction que cette occupation n'est que passagère, et que dans un an le drapeau français flotterait de nouveau sur l'Alsace.
Cette confiance dans l'avenir de la France, confiance absolue, irraisonnée, et indiscutable est certainement un des plus beaux moments de l'Histoire d'Alsace.
L'auteur de ces lignes arrivant de la zone libre au mois d'août, où le moral était bien bas, et l'heureuse issue de la guerre à peu près abandonnée par tout le monde ; malgré le drapeau à croix gammée flottant aux mairies d'Alsace et les nombreux Allemands en uniformes de toute couleurs occupant le haut du pavé, s'est immédiatement senti enveloppé d'une telle atmosphère de grandeur, que toutes les vexations, toutes les violences, faites à son âme d'Alsacien doublement Français, se trouvaient plus facilement supportables que l'atmosphère déprimante de la France libre d'alors.
Connaissant parfaitement l'Alsace, ayant des contacts avec toutes les classes de la population et dans tous les cantons d'Alsace, l'auteur a pu constater avec une joie incommensurable que, sous la domination allemande, l'Alsace était, de toutes les provinces, de beaucoup la plus Française.
Malgré tous les efforts faits par les Allemands, efforts d'ailleurs tout à fait maladroits et grossiers, 95% de la population autochtone, de Wissembourg jusqu'à la frontière suisse, ne vivent plus que dans une idée : LE RETOUR A LA FRANCE, et si ce retour ne devait pas se produire, abandonneraient leur foyer et tous leurs biens pour retrouver la France.
Les 5% faisant cause commune avec les Allemands et avec le national-socialisme, se recrutent dans les familles mixtes ou complètement allemandes, que les faiblesses du traité de Versailles avaient tolérées en Alsace, dans les anciens cadres socialistes et surtout communistes, et dans la pègre de la population. Leur action ne jette aucune ombre sur le tableau émouvant de le fidélité alsacienne et lorraine.
Il n'est plus admis, de la part de l'occupant, qu'on soit neutre dans ces provinces. Nous voulons des Nazis 100%, pas de "loyale collaboration" disent-ils. Estimant qu'il est indispensable que les Alsaciens dans la situation actuelle restent à leur poste ; et qu'il était de bonne politique de noyauter les organisations nazies, l'auteur a fait entrer de nombreux et véritables Alsaciens dans les organisations SS, SA, NSKK, et NSDAP, malgré leur répugnance et la violence faite à leurs sentiments.
Or, ce que des Alsaciens découvrent avec stupeur et une satisfaction non dissimulée, c'est que derrière cette merveilleuse façade se cachent de nombreux germes, qui, à bref délai, amèneront la décomposition intérieure de ce parti, qui prétend avoir construit pour plus de mille ans.
Toute cette super-organisation ne saurait être mieux désignée que comme "une œuvre grandiose de désordre organisé", désordre dans tous les domaines, dans celui de l'Esprit comme dans celui de l'économie, de la politique et du "Parti" lui-même. Tout cela se fait avec une armée de fonctionnaires, surveillés par un réseau de délation et de mouchardage à 4 ou 5 degrés, de sorte que chaque individu est surveillé 4 à 5 fois. Des 42 fonctionnaires français qu'elle comptait avant la guerre, telle petite sous-préfecture voit le nombre de ses fonctionnaires allemands dépasser 300, et ce n'est pas fini.
L'épreuve la plus dure pour les Alsaciens est de voir leurs enfants enrôlés de force dans la Jeunesse hitlérienne, à laquelle tout enfant ou adolescent, de 8 à 20 ans, des deux sexes, doit obligatoirement appartenir. Les parents n'ont plus aucun pouvoir sur leurs enfants qui, le dimanche comme la semaine, sont constamment absorbés par ces organisations, ne paraissant au foyer familial que pour les repas. Rentrant souvent la nuit entre 20 & 24 heures, parfois même ne rentrant que le lendemain. C'est le point où l'âme de l'Alsace souffre et se cabre le plus, car elle sent venir le danger de perdre l'âme sensible et impressionnable de ses enfants.
Jusqu'à présent, cette jeunesse a énergiquement résisté, à très peu d'exceptions près, mais à la longue les effets de cette entreprise ne manqueront pas de se faire sentir.
Depuis le début de novembre, doutes les localités ont été divisées en "cellules" et en "blocs". Les cellules comprennent à leur tête un "Zellenleiter", chef de 5 à 6 blocs. C'est lui qui surveille et dirige les "Blockleiters", ces derniers qui sont à la tête de 15 ou 20 maisons, doivent avoir un contact étroit et personnel avec toutes les familles habitant leur bloc ; ils doivent connaitre chaque individu du groupe, savoir ce qu'ils pensent et parlent, quelles émissions radiophoniques ils écoutent, à quelle heure ils rentrent et sortent, quelles sont leurs relations, leurs visiteurs, à quelle heure arrivent et partent ces visiteurs : en un mot un véritable service d'espionnage et de surveillance. A côté de cette organisation, il y a encore le "Sicherheitsdienst", les organisations des SS, et le "Ehrenamtlicher Sicherheitsdienst" ce qui se traduit par : espionnage honorifique bénévole et gratuit (???).
Le 15 octobre, toutes les Standart-Kommandantüren d'Alsace ont reçu l'ordre de charger toutes les troupes stationnées dans le pays de s'occuper individuellement de la surveillance de la population. A tous les différents services de surveillance se superpose encore celle des "Vertrauensmänner", hommes de confiance se composant spécialement de ces familles allemandes ou mixtes, formant le groupe des délateurs consultés pour les listes de personnes à expulser.
A leur arrivée, les Allemands avaient prévenu les populations qu'ils ne s'occuperaient pas du passé, mais seulement du présent et le l'avenir ; or, ils reprennent les affaires d'avant 1914, de 1914-18, et depuis 18 jusqu'à leur arrivée. Tout peut être sujet à rapport par les hommes de confiance. D'office doivent être expulsés ceux qui étaient insoumis ou déserteurs à la guerre de 14-18, qu'ils aient été ou non engagés volontaires en France. Toute manifestation anti-allemande ou pro-française au cours des vingt-cinq dernières années, par exemple le seul fait d'être décoré, d'avoir crié "Vive la. France" il y a dix ou quinze ans, suffit pour provoquer l'expulsion. Les fameux "dossiers Valot", que nos services d'Alsace-Lorraine, par une coupable négligence ont laissé tomber entre les mains des Allemands, leur fournissent une mine inépuisable d'arguments pour les persécutions.
Le moral de la population d'Alsace et de Lorraine trouve son élément essentiel dans les radios étrangères, et surtout dans la radio anglaise que tout le monde écoute en cachette, malgré les sanctions très sévères que ce délit pourrait leur attirer. Il est à noter que l'Alsacien moyen sait très bien faire la distinction entre nouvelles de faits et polémique anglaise inspirée par nos émigrés. Incontestablement, en effet, la popularité du MARECHAL est plus grande là-bas que dans n'importe quelle autre province française. D'autre part, après HITLER, LAVAL est certainement l'homme le plus haï.
L'Alsace est très inquiète au sujet des déclarations de collaboration entre la France et l'Allemagne, car c'est chez elle qu'on sent le mieux à quoi aboutirait cette collaboration, et quel serait le sort de la. France en cas de victoire allemande.
Mais elle est rassurée à la fois par la certitude qu'elle a des effets matériels et moraux croissants de la résistance et de la contre-offensive anglaise, (voir ci-dessous), et par la confiance qu'elle a dans le patriotisme éclairé, la sagesse et la fermeté d'âme du MARECHAL.
L'Alsacien, depuis ces six mois d'occupation, a acquis une certitude plus formidable que jamais de l'infériorité intellectuelle et morale des Allemands, et de leur incapacité à présider à un ordre européen. Il voit que les Allemands sentent eux-mêmes cette infériorité, puisque pour tenter d'éliminer l'influence française, ils vont jusqu'à détruire avec une violence farouche tous les livres français, du livre d'Histoire au précieux volume de l'amateur ; chaque famille, chaque bibliothèque a été sommée de jeter au pilon ses livres français. Après les monuments publics du passé français qui ont été détruits, après toutes les inscriptions sur les monuments aux morts, jusqu'au dernier nom de rue, on efface les inscriptions françaises sur les tombes des cimetières. Jamais l'Histoire n'a connu pareil Kulturkampf, pareille lutte contre l'esprit.
Bien entendu, après avoir annexé les morts, on germanise les vivants, en imposant sous menace d'expulsion le changement de prénom et de noms patronymiques, à ceux dont le nom est de consonnance française, et le divorce à ceux qui ont épousé un conjoint français "de l'Intérieur". Le divorce coûte 5 marks, et la formalité dure une demi-heure ...
Nous n'insisterons pas sur le côté religieux du Kulturkampf qil est plus connu en France libre, interdiction de l'Evêque de Strasbourg, désaffection de sa cathédrale, expulsions de vicaires généraux, suppression des traitements du clergé à partir du 31 décembre, arrestations de prêtres, sévère censure de la chaire, expulsion des écoles des sœurs enseignantes, etc. Malgré ces persécutions, le clergé alsacien, dont la conduite a pu jadis prêter à la critique, est aujourd'hui au-dessus de tout éloge, dans sa résistance ferme, digne et courageuse. L'assistance des populations aux offices est plus nombreuse et fervente que jamais. Elle puise dans la prière la force et la confiance.
Un dernier fait important : toutes les dispositions sont prises depuis novembre pour l'enrôlement des jeunes classes alsaciennes (de 18 à, 35 ans), dans l'armée allemande. On s'attend à leur appel pour le mois de janvier.
La conclusion de ces observations alsaciennes est simple :
Goering a dit un jour : "Quand j'entends prononcer le mot de civilisation, ma main se porte instinctivement à mon revolver".
Il en est de même pour l'Alsacien qui entend les mots de : collaboration et d'ordre nouveau.
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Ci-joint copie de la déclaration que les Allemands font signer aux familles mixtes en Alsace.
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ERKLÄRUNG
Ich erkläre hierdurch freiwillig, dass ich mich zum deutschen Volkstum bekenne und alle Folgerungen aus diesem Bekenntnis ziehe, insbesondere in meiner Familie ausschliesslich die deutsche Sprache pflegen werde. Ich bejahe die Zugehörigkeit des Elsass zum Deutschen Reich, gelobe Treue dem nationalsozialistischen Staat und werde meine Kinder in der Treue zum Fuhrer, dem nationalsozialistischen Gross-Deutschland und dem deutschen Volk erziehen. Ich verspreche, mich gegen alle Feinde des nationalsozialistischen Staates und Grossdeuts-chen Reiches zu wenden und für die Belange des deutschen Volkes und Reiches stets einzutreten.ez votre texte ici...
